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Description générale

Source Wikipédia

Le mot Orchidée vient du grec orchis, qui signifie testicule, en référence à la forme des tubercules souterrains de certaines orchidées terrestres des régions tempérées : seuls les deux tubercules ressemblent un peu à cette partie du corps. C'est à Théophraste que l'on attribue cette dénomination. Selon les données scientifiques obtenues grâce au pollen d'une orchidée éteinte retrouvé dans de l'ambre, cette famille serait âgée de 75 à 86 millions d'années. Les orchidées font partie des monocotylédones, et la famille la plus apparentée est celle des liliacées. Les orchidées ont notamment développé des caractéristiques rendant cette famille de plantes très économe en ressources : réduction du nombre d'étamines, symbiose avec un champignon, métabolisme de type CAM, etc... Leurs graines sont souvent minuscules. Leur taille et poids varie beaucoup selon l'espèce, les plus petites ne mesurant que de 1 à 5 millimètres (Bulbophyllum minutissimum en Australie, qui ne pèse probablement pas plus d'un gramme ou deux alors que la plus grosse orchidée connue (Grammatophyllum speciosum) est une épiphyte qui peut peser plus d'une tonne et développer des tige d'environ 3 mètres de long. Selon les auteurs, le nombre d'espèces botaniques dans cette famille varie de 25 à 30000. Ces chiffres en font l'une des plus importantes familles de plantes à fleurs, qui a pratiquement colonisé tous les milieux, à l'exception des déserts et des cours d'eau.

 

 

Le texte suivant du Dr Lucien Giacomoni est extrait de la conférence présentée aux 25e Journées Mycologiques d’Entrevaux (31 octobre – 2 novembre 2008)

Orchidées ! Un nom magique, et quand on le prononce les yeux des gens brillent : ils imaginent tout de suite ces plantes extraordinaires, joyaux de toutes les boutiques de fleuristes, et peut-être même évoquent-ils les forêts tropicales impénétrables d’Amazonie, de Bornéo, de Nouvelle-Guinée… Mais quand on évoque les orchidées sauvages de chez nous, moins spectaculaires peut-être, mais tout aussi belles, ils sont surpris, parfois incrédules. J’avais lu dans une revue, il y a quelques années, que plus de 80% des personnes interrogées ne savaient pas que des orchidées poussaient devant leur porte. Ces fleurs sont pourtant magnifiques et nous allons pouvoir en admirer tout à l’heure quelques dizaines qui appartiennent, toutes, à la flore de notre région. Les photos sont pour la plupart issues de notre collection personnelle et quelquefois offertes par des amis, quand leur exemplaire était plus représentatif ou plus beau que le nôtre. Ce sera la récompense pour les personnes intrépides qui vont subir les tribulations inquiétantes d’un champignon sournois et d’une des plus jolies fleurs au monde.

Beaucoup de ces orchidées sont rares, menacées ou protégées, et c’est pourquoi je ne citerai jamais le lieu de la récolte, car nous avons trop souvent rencontré des cueilleurs vandales. Les membres de notre association vont certainement reconnaître la plupart des sites, mais statutairement ils sont tenus à un devoir de réserve, comme on dit aujourd’hui…

Qu’est-ce qu’une orchidée ?

C’est une monocotylédone (comme les lilacées et les graminées) avec des fleurs de type trois (3 sépales, 3 pétales et 3 étamines). Le pétale médian, plus grand et plus spectaculaire est appelé labelle, du mot latin labellum, signifiant petite langue.
Il existe trois types d’orchidées :

-des géophytes, terrestres, à tubercules ou à rhizomes (toutes nos orchidées sauvages appartiennent à ce groupe).

-des lianes, comme la vanille, qui peuvent se développer jusqu’à dix mètres et plus.

-enfin des épiphytes (qui vivent sur d’autres plantes sans les parasiter, c’est du commensalisme, c’est-à-dire une exploitation non parasitaire d’une espèce vivante par une autre espèce), et c’est le cas de beaucoup d’orchidées exotiques.

Ces plantes sont distribuées dans le monde entier et comptent 900 genres répartis en deux familles, huit sous-familles, quinze tribus et environ 30.000 espèces. Mais la classification est difficile, contestée et sans cesse modifiée – nous allons avoir l’occasion, malheureusement, d’évoquer quelques récents bouleversements dans la systématique. Avec une complication supplémentaire, rare chez les végétaux, l’hybridation - et une hybridation qui ne se contente pas d’être interspécifique (entre deux espèces d’un même genre), mais encore intergénérique (entre deux espèces de genres différents), les hybrides issus du mariage pouvant même s’acoquiner avec une espèce différente et donner ce que notre ami Jacques Guinberteau appelle un « hybride trois voies », c’est-à-dire un hybride triple. Il y a plus désespérant encore pour l’orchidophile amateur : des hybrides (donc issus de deux orchidées différentes) peuvent avoir des relations coupables avec d’autres hybrides. C’est le désespoir du déterminateur, car certains auteurs ambitieux ou vaniteux ne se privent pas de donner des noms à une infinité de plantes, dont les parents se sont vautrés dans l’adultère…

Casse-tête pour les uns, l’hybridation est une richesse très exploitée par les fleuristes qui ont pu créer de nombreux hybrides à plusieurs voies, quelquefois plus d’une dizaine d’hybridations à partir d’orchidées exotiques pour obtenir des fleurs somptueuses. Mais là, c’est un monde à part, quasiment indéfini ou tout au moins toujours en devenir. Et ce n’est pas notre sujet aujourd’hui.

La conclusion de tous ces mélanges possibles est que la frontière entre plusieurs genres est très floue, ce qui autorise certains orchidophiles quasi-professionnels à transférer de temps en temps une espèce d’un genre à un autre. Et nous n’avons pas fini, avec les recherches génétiques… La classification que je vous présente aujourd’hui n’était pas valable l’an dernier, il est fort possible qu’elle ne le soit plus le mois prochain.

On a remarqué depuis longtemps que les labelles de certaines fleurs d’orchidées surtout dans le genre Ophrys, ressemblent à des insectes et les noms communs sont là pour nous le prouver (ophrys abeille, ophrys frelon, ophrys bourdon, ophrys mouche…). On note bien cette ressemblance si l’on examine les Ophrys les plus communs : fuciflora, apifera, insectifera….

La pollinisation des orchidées du genre Ophrys est presque toujours réalisée par des insectes, des mâles un peu stupides (comme d’habitude) qui confondent le labelle avec une femelle un peu facile (comme d’habitude) et s’accouplent énergiquement. Il faut dire qu’il y a tout pour plaire aux étalons : la couleur, les courbes voluptueuses, et même les poils (hum !). On ne sait pas s’ils y trouvent du plaisir, mais en tous cas ces insectes infatigables emportent le pollen qu’ils vont distribuer un peu plus loin à une autre orchidée qui ne dit jamais non. On appelle ce genre de coïtus interruptus d’un terme technique sans équivoque : une pseudo-copulation.

Certaines orchidées ne font pas de détail : elles acceptent tous les insectes ; d’autres sont très exigeantes, selon la forme du labelle, et un seul insecte est le fécondateur privilégié, par exemple une abeille sur Ophrys apifera (l’ophrys abeille) – ce qui veut dire que les abeilles étant en train de disparaître, cette orchidée est menacée. Autre exemple : certaines fleurs ne peuvent être fécondées que par un papillon dont la trompe est assez longue pour aller chercher le pollen et le porter ailleurs.
Mais toutes les orchidées n’ont pas de labelle poilu et sexy comme les ophrys, alors elles proposent du nectar aux insectes gourmands pour leur petit déjeuner : mâles et femelles viennent s’empiffrer et sans doute en profiter pour faire plus ample connaissance, ainsi le pollen voyage et la fécondation atteint les 100% chez les orchidées (pour les insectes visiteurs, on n’a pas de statistique…).
Il y a aussi celles, comme Cypripedium calceolus, le sabot de Vénus, qui distillent des phéromones sexuelles, des substances chimiques à odeur de femelle qui attirent inexorablement le mâle vers le piège à pollen, un peu comme le Chanel 5 et autres parfums envoûtants des dames aspirent les messieurs vers leur fatal destin.
Il existe même parfois une auto-fécondation quasiment incestueuse lorsque le pollen passe directement de l’anthère, la partie terminale mâle fertile de l’étamine, au stigmate, la partie terminale femelle du gynécée, de la même fleur. C’est fréquent par exemple chez Limodorum abortivum qui pratique une auto-fécondation sans même que la fleur s’épanouisse (on appelle ça la cleistogamie).

Quelle que soit la méthode, la fleur fécondée va donner des fruits qui sont des capsules et chaque capsule contient de plusieurs centaines de milliers à plusieurs millions de graines, c’est dire si elles sont petites et facilement emportées par le vent. Petites, mais généralement pas viables, car elles ne contiennent pas d’embryon. Et c’est là, avant même la naissance de la plante, que commence la relation intime du champignon et de l’orchidée.

Les quelques schémas techniques que nous présenterons vont aider à mieux suivre, je l’espère, les explications sommaires, mais nécessaires. Ces icônes sont extraites de la « Bible » en la matière, c’est-à-dire du remarquable ouvrage édité par la Société Française d’Orchidophilie, le plus complet sans doute bien que certains botanistes lui reprochent d’être à l’avant-garde de ce qu’ils appellent dans leur jargon la « machine à laver la vaisselle », c’est-à-dire l’introduction d’une édition à l’autre de changements de noms parfois discutables (en tous cas discutés !) et des balancements d’espèces d’un genre à un autre pour des raisons pas toujours évidentes pour le commun des mortels : migraine garantie… Mais nous ne prendrons pas partie dans ces discussions de bénédictins.

L’idylle orageuse de la plante et du champignon commence par la graine, ce qui fait l’originalité (une de plus) des orchidées. Cette graine est microscopique, légère, voyageuse mais rachitique : elle ne contient pas d’embryon, nous l’avons dit, et seulement un simple amas de cellules indifférenciées, et elle est presque dépourvue de réserves. Seule la colonisation par un champignon permet la germination de la graine en apportant les nutriments nécessaires. Cette découverte fondamentale date de la fin du 19e siècle (donc les plus vieux d’entre vous devraient le savoir) et elle est due à un chercheur français, Noël Bernard, qui a mis en évidence le mycélium dans les graines en germination ; il a même pu isoler le champignon et le réinoculer.

Les fragiles embryons des orchidées, mal protégés par un tégument ridicule, nus et sans défense, sont la proie de microorganismes de toutes sortes. Leurs survivants, extrêmement rares, sont ceux qui ont la chance de rencontrer un champignon vis-à-vis duquel ils sont spécifiquement immunisés, et ils tentent alors de limiter l’envahissement en phagocytant le mycélium. Les recherches, qui progressent à grands pas avec les moyens de la science moderne (ADN, chimie moléculaire), nous ont permis de constater comment le champignon pénètre dans la graine et comment il va se comporter. Je vais utiliser là un vocabulaire anthropocentrique pour mieux me faire comprendre. Il ne s’agit pas de n’importe quel champignon, mais de l’élu, du partenaire officiel de cette orchidée-là depuis des millénaires. Ayant reconnu sa graine favorite, indifférent aux autres, il pénètre par le suspenseur qui attache la graine à la capsule et atteint les cellules indifférenciées. S’il est rejeté, la graine n’a pas compris la gravité de la situation, elle est morte ; s’il se comporte en parasite trop exigeant, c’est lui qui n’a pas compris, il détruit la graine, elle est morte et il ne tire aucun profit ; enfin, dans le cas le plus favorable, il se produit un accord tacite, un gentleman’s agreement, (on appelle ça la mycotrophie) et le champignon colonise la graine progressivement en formant des pelotons intracellulaires.
Il stimule la croissance et l’embryon se développe alors, formant un massif cellulaire plus gros, hérissé de poils, appelé protocorme dans lequel le champignon continue à développer ses pelotons.

Le protocorme devient progressivement (il faut parfois plusieurs années) une plantule dont les radicules sont infectées et le champignon se retrouve progressivement dans les organes souterrains de la plante adulte. On se demande avec angoisse ce que va devenir ce champignon, car nous autres mycologues, le plus souvent, nous nous moquons bien des orchidées (on ne va tout de même pas se mettre à faire de la botanique, maintenant que les champignons ont acquis leur propre règne !).
Eh bien, nous allons arriver au deuxième événement dans la vie de l’orchidée devenue adulte, un deuxième mariage entre la plante et un champignon : la symbiose mycorhizienne (comme chacun sait, la symbiose est une association étroite de deux organismes, mutuellement bénéfique, voire même comme ici indispensable à la vie ; et les mycorhizes ce sont les filaments issus du champignon qui favorisent cette symbiose).

L’orchidée peut faire confiance au champignon qui a fait germer sa graine ou le rejeter et s’associer avec un autre champignon (ce qui n’est pas très correct, mais n’étant pas orchidée – ça se verrait – nous n’avons pas le droit de juger). Selon l’importance jouée par le champignon, l’orchidée sera chlorophyllienne, comme la plupart des plantes, ou plus rarement non chlorophyllienne, comme par exemple Neotia nidus-avis, la Néotie nid d’oiseau.

En tous cas, cette symbiose entre une orchidée et un champignon va beaucoup plus loin que celle qui lie un champignon à un arbre particulier, comme on connaît beaucoup d’exemples (le sanguin, Lactarius deliciosus et le pin, par exemple). C’est une triple association qui unit l’orchidée à un arbre par l’intermédiaire du champignon, lequel va chercher de l’eau, des sels minéraux, et surtout du carbone chez l’arbre et les troque à l’orchidée contre des éléments nutritifs comme le sucre. Comme l’a si bien dit Bernard Boullard dans son excellent ouvrage Guerre et paix dans le Règne Végétal, « il y a un volé (l’arbre), un voleur (le champignon) et un receleur (l’orchidée) ». Si la symbiose habituelle entre le champignon et l’arbre de nos forêts est ectomycorhizienne (c’est-à-dire que le champignon reste à la surface des racines et les couvre d’une sorte de manchon), la relation avec la chair de l’orchidée est le plus souvent envahissante, car le champignon pénètre par effraction dans la racine (on dit qu’il est endomycorhizien).
Il forme des pelotons intraracinaires, comme il l’a fait (lui ou son confrère) dans la graine et dans le protocorme, et il envahit ensuite les organes souterrains, comme les tubercules ou les rhizomes, jamais les parties aériennes de la plante. Au niveau des racines, il est souvent ectomycorhizien. D’ailleurs, si le champignon pousse le flirt un peu trop loin, l’ingrate orchidée a les moyens de se défendre, en produisant des antibiotiques toxiques comme les phytoalexines et même des substances fongicides, par exemple l’orchinol chez les Anacamptis ou encore l’hircinol chez Himantoglossum hircinum, l’orchis bouc. Plus dramatique encore, j’allais dire scandaleux, la plupart des orchidées sont capables de digérer les champignons, quand leur présence n’est plus utile. On appelle cet acte barbare la tolypophagie, la digestion des pelotons, ce qui permet à l’orchidée, véritable mante religieuse, de s’approprier les éléments nutritifs de son compagnon de route. C’est compliqué à expliquer, parfois même à comprendre, mais aujourd’hui on peut considérer, selon le point de vue auquel on se place, que la symbiose est un leurre, un armistice passager, et que le champignon est parasite de l’orchidée, ou que l’orchidée est parasite du champignon, ou mieux encore comme l’a si bien dit Lewis que l’association est un « vrai champ de bataille » qui profite à l’un ou à l’autre selon la disponibilité des nutriments.

Ces noces barbares, c’est encore un monde sans pitié, mais on ne prendra pas parti, on retiendra surtout les incroyables relations des orchidées, d’une part avec le monde animal (ces insectes qui fécondent leurs fleurs), le monde fongique avec ces champignons qui les colonisent ou les assistent, et le monde végétal, ces arbres avec lesquels elles échangent des nutriments par l’intermédiaire des champignons. Notons en passant, et c’est une connaissance relativement récente, qu’il existe une autre symbiose capitale entre une plante et un champignon ; elle concerne les poacées ou graminées. Mais ce n’est pas notre affaire aujourd’hui…

Une question se pose maintenant : qui sont ces champignons orchidophiles?

On sait que l’identification des mycéliums est une tâche difficile, quasiment impossible ; était, plutôt, car maintenant cette tâche est rendue plus facile par l’utilisation de l’ADN. Les mycologues de grand-papa, ou les mycologues un peu périmés, comme nous, pouvaient se fonder, pour différencier les champignons dits supérieurs, les Ascomycètes des Basidiomycètes, sur une étape de la reproduction sexuée, la méiose ou réduction chromatique (c’est-à-dire le processus de dédoublement du nombre de chromosomes, lequel avait été doublé lors de la fécondation). Quant aux champignons dépourvus de phase sexuée, on les regroupait au sein des Deutéromycètes ou champignons imparfaits. On avait même créé au sein des Deutéromycètes des genres et des espèces qu’on reliait plus ou moins bien, quand on le pouvait, aux champignons sexués.
Quand Noël Bernard avait isolé et cultivé le champignon associé à l’orchidée sur laquelle il travaillait (c’était la Néotie nid d’oiseau, dont nous avons déjà parlé), il l’avait rapporté au genre Rhizoctonia, et par la suite on a attribué un peu trop vite le nom de Rhizoctonia à tous les champignons symbiotiques des orchidées (passons sous silence le nom générique d’Orchidomyces, utilisé par certains auteurs, et qui n’avait aucune signification systématique).

Ces dernières années, grâce à des études basées sur l’ADN et la biologie moléculaire, le genre Rhizoctonia a éclaté et les chercheurs ont établi de nombreuses correspondances avec des Basidiomycètes et des Ascomycètes, ce qui nous permet d’affirmer que beaucoup d’ouvrages, même récents, qui se contentent de mettre en cause des Rhizoctonia sans plus de précisions sont singulièrement dépassés, car Rhizoctonia est un genre polyphylétique d’hétérobasidiomycètes, je le dis comme je le pense, dont certaines espèces appartiennent à la famille des Sébacinacées. Là où l’affaire se complique, c’est que les séquençages ADN, par exemple ceux étudiés et exposés lors des Journées Jean Sauvageon (Rencontres de Phytopathologie/Mycologie) montrent qu’une orchidée peut avoir plusieurs partenaires, et que ces hétérobasidiomycètes de la famille des Sébacinacées (Sebacina, Rhizoctonia) sont des ectomycorhiziens ignorés, ce qui suggère selon les auteurs, l’importance, voire même la plésiomorphie, de l’état mycorhizien dans l’évolution des basidiomycètes. On n’en dira pas plus !
Il n’est pas possible, ici, de rentrer dans les détails, mais je vous propose un pari et une statistique : demandez aux mycologues, même de haut rang, comme nous en voyons régulièrement lors des Journées d’Entrevaux, combien connaissent les champignons symbiotiques des orchidées, je parle des macromycètes, pas des Rhizoctonia. Vous ne serez pas déçus…Quels champignons parmi les Basiodiomycètes ? Eh bien, des gros, des bien connus, qui n’ont rien à voir avec les micromycètes longtemps incriminés : des armillaires, champignons féroces, capables de tout (l’ennemi N°1 des forestiers), mais aussi des russules, des cortinaires, des inocybes, et même des théléphores – on aura tout vu ! et bien d’autres encore. Et chez les Ascomycètes ? Beaucoup d’Hélotiales, et des Pézizales, et même les truffes (la relation symbiotique chêne-truffe-orchidée a été récemment prouvée).
Evidemment, quand on découvre ça, on en reste abasourdi… Et plus étonnant encore, là je vous livre un secret dont certains feront certainement un mauvais usage, les ramasseurs de morilles savent bien, eux, que la floraison d’orchidées printanières annonce la sortie prochaine de morilles même s’ils ignorent, comme la plupart d’entre nous, que la plante et le champignon vivent en symbiose. D’ailleurs, comme le rappelait notre distinguée administrateur (administratrice ?) Monique Correnson, bas-alpine de longue lignée, en Provence on appelle ces orchidées « fleurs de morilles ».

Voici, sommairement résumée, une partie de la vie secrète des orchidées, avec une constatation plutôt pessimiste : le béton, le goudron, l’asphalte, la pollution, les cueilleurs imbéciles ont anéanti des millions de plantes et raréfié de nombreuses espèces. Si les insectes disparaissent à cause des insecticides chimiques (merci, Monsanto !), il n’y aura plus d’orchidées ; si les champignons symbiotiques disparaissent, à cause des fongicides frénétiquement pulvérisés sur les cultures potagères, les jardins, les vergers et les prés de fauche, il n’y aura plus d’orchidées. Si l’acidité des pluies augmente et si les nitrates envahissent les prairies, il n’y aura plus d’orchidées…

Une autre pratique, venue de la nuit des temps, a failli faire disparaître, surtout au Moyen-Orient, et particulièrement en Turquie, de nombreuses orchidées sauvages des genres Orchis et Dactylorhiza, et particulièrement Orchis mascula et Dactylorhiza incarnata, qui étaient fort abondants et très prolifiques, mais qui tendent aujourd’hui à se raréfier (60 millions de tubercules sont arrachés, chaque année, des montagnes du Taurus et du mont Ararat !). C’est à partir de ces tubercules qu’on fabriquait – et qu’on fabrique encore, hélas ! - le salep, une farine comestible et stimulante qui entre dans la composition du fameux salepi dondurma (une crème glacée plus connue sous le nom de Fox Testicule Ice Cream) . L’étymologie est claire : tsalep, en arabe, ou plutôt sahlab pour les puristes, signifie testicule de renard, et tous les impuissants de la terre ont longtemps cru que ces tubercules en forme de testicules allaient leur rendre une vigueur perdue, selon la fameuse, voire même fumeuse et très ancienne théorie des signatures. C’est quoi, la théorie des signatures ? C’est une médecine qui traite en fonction d’une ressemblance de forme, de couleur ou d’odeur. Ainsi une fleur rouge soigne les maladies du sang, une fleur jaune celles de la bile et du foie, un fruit en forme de pénis comme celui du saucissonnier africain, Kigelia africana ou bien un objet rigide comme la corne de rhinocéros, par exemple, traitent les troubles de l’érection, etc.

Certains le croient encore, et nous présentons une image d’Orchis mascula extraite d’un livre consacré aux plantes aphrodisiaques (L’Herbier érotique, par Bernard Bertrand, édition Plumes de Carotte, 2005) associée au nom commun très évocateur de cette orchidée au destin tragique : satyrion, couillon de chien… Comme quoi, chez nous, c’est le testicule de chien qui présente des vertus aphrodisiaques. Mais fabriquera-t-on un jour une Dog Testicule Ice Cream ? Mesdames, surveillez votre caniche…

Fragilité, raréfaction, empoisonnement ou destruction par la main de l’homme, toutes ces raisons font que beaucoup d’espèces sont strictement protégées par la loi, sur le plan départemental, voire régional et même national.

Un scénario catastrophe que nous ne connaissons pas encore par ici, car nous sommes loin des zones agricoles, en dehors de l’ancienne vallée fertile du Var, quasiment en jachères, et sans doute aussi parce qu’il n’y a pas (ou très peu) d’impuissants pour déterrer l’orchis mâle. C’est pourquoi nous pouvons présenter quelques espèces parmi les plus belles, avant que le monde civilisé ne les fasse disparaître. J’insiste sur le fait qu’il s’agit des fleurs de notre région jusqu’à la limite des départements voisins, et plus particulièrement des espèces identifiées dans les cantons d’Entrevaux, d’Annot, de Puget-Théniers, de Saint-Auban et de Guillaumes.

L’illustration que nous avons choisie en exergue, une belle planche de Remy Souche , présente les fleurs de différentes plantes du genre Ophrys, avec leur labelle caractéristique. Il existe en France 170 espèces d’orchidées, toutes terrestres, réparties dans 28 genres, certains monospécifiques (une seule espèce par genre), d’autres pléthoriques (sans doute un peu trop) comme ce fameux genre Ophrys. Mais le nombre de genres peut varier, selon le bon vouloir des pratiquants de la méthode que nous avons citée, dite de la « machine à laver la vaisselle » : ainsi, récemment, plusieurs genres ont disparu (Barlia, Nigritella, Aceras) et beaucoup d’espèces ont changé de genre, en partie en fonction des recherches ADN, en partie peut-être en fonction des cogitations insomniaques de certains capiscols.

Chez nous, c’est-à-dire de la plaine jusqu’à la haute montagne, on peut identifier, avec beaucoup de chance, et encore plus de travail de détermination, une soixantaine d’espèces réparties dans une vingtaine de genres (à peu près les deux tiers de ceux qui sont recensés sur le territoire français). Certains genres, la plupart monospécifiques, n’existent pas près de chez nous, à ma connaissance – et ce qui me console, ne sont pas cités non plus dans la littérature spécialisée : par exemple Corallorhiza, Epipogium, Pseudorchis, Chamorchis, Herminium…

Il y a des orchidées que nous n’avons vues qu’une fois, d’autres que nous n’avons jamais rencontrées bien qu’elles soient signalées dans notre région. D’autres encore sont très abondantes, et d’autres réputées rares sont assez nombreuses quand on a eu la chance, lors d’une sortie de notre association, de tomber sur un site épargné par la main de l’homme. De manière générale, qu’elles soient rares, plus fréquentes ou pléthoriques, les orchidées sont fidèles au poste, année après année.
Il faut mettre en garde l’amateur contre l’usage des noms communs, car beaucoup d’espèces ont été et sont toujours confondues sous la même épithète : par exemple, une vingtaine d’orchidées, au moins, sont appelées Satyrions, Soupes à Vin et surtout Pentecôtes – et là, la signification est bien entendue saisonnière.

 

 

Écrit par damien3l2 Lien permanent | Commentaires (0)

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